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Cet après-midi là

J’ai allumé l’ordinateur familial et j’ai découvert, médusée, ce qu’il y avait laissé traîner.

Mon histoire, le début des témoignages

Mensonges, Infidélités,Tromperies… ça fait mal, mais on s’en remet!

 

novembre 2014

Cet après-midi là, je venais d’emmener mon mari à la gare pour prendre son train pour Roissy.

Il partait pour Athènes et la Grèce où l’attendait un bateau de location. Un mois de navigation en solitaire dans les îles, avait-il dit. Un mois qu’il préparait depuis un an, sourire aux lèvres, la valise ouverte en évidence dans son bureau avec, en double, les paires de palmes, les masques, les tubas…Et moi, je ne comprenais rien, ou plutôt, je ne voulais rien comprendre, de ses silences, de ses absences, de sa dureté, de ses méchancetés, de ses yeux dans le vague…

Cet après-midi là, j’ai allumé l’ordinateur familial et j’ai découvert, médusée, ce qu’il y avait laissé traîner, par mégarde, par lassitude, par hasard, la preuve de sa double vie depuis un an, avec force détails afin que rien ne soit épargné, que tout soit bien saccagé.

Cet après-midi là,  je suis tombée évanouie sur le parquet,  je me suis réveillée quelques instants plus tard ravagée de chagrin. Alors j’ai décidé que par tous les moyens, je me battrais pour atténuer la souffrance qui avait commencé à me ronger les tripes.

Mais comment se battre ? Chacun sa voie..

Pour moi, ce furent les mots et j’ ai commencé à parler, parler sans fin, d’un flot de paroles qui coulait malgré moi, à mes enfants, ma soeur, ma mère, mes amis, mon psy, mon journal intime, mon avocate, mon notaire, mon médecin, ma pharmacienne, et même à l’inconnu dans la rue, à la terrasse d’un café..Logorrhée salutaire..Et mes confidences ont fait naître des confidences, ma confiance a crée une zone neutre sans turbulences dans laquelle on pouvait se confier. Alors, j’ai compris que je tenais là ma thérapie et j’ai commencé mes  » interviews « .

Je suis allée à la rencontre des autres, de ceux qui avaient souffert de la même souffrance que moi, j’ai voulu connaître leur ressenti,  savoir en combien de temps ils s’ en étaient « sortis », collecter leurs témoignages, comprendre que cette douleur est universelle, éprouver le soulagement d’être comme eux, ne plus être seule. Et ce fut une bouée de sauvetage! Je cicatrisais petit à petit, mon ventre s’ apaisait.

Je ne posais qu’ une seule question, et je commençais à écrire – j’ai la chance d’écrire vite -, pendant qu’ils parlaient, j’ écrivais comme sous leur dictée. Au stylo, sur des feuilles volantes, puis sur des cahiers à carreaux d’écoliers, en changeant les prénoms, les âges et les lieux, pour préserver l’anonymat. Et ils parlaient, sans me regarder, d’abord hésitants, sans savoir par quoi commencer, puis de plus en plus vite, avec facilité, avec leurs mots à eux, avec volubilité, surpris parfois de se laisser aller à la confidence, soulagés toujours, à la fin.. »Je me demande pourquoi je vous ai raconté tout ça, mais ça fait du bien ». Et si je leur lisais quelques lignes d’un autre que leur émotion me rappelait, ils étaient étonnés, avides d’ en savoir plus, soulagés comme s’ils s’ étaient sentis compris, comme on souligne dans un roman, au crayon, la phrase qui semble écrite pour vous, qui vous explique et qui vous ressemble.

Je ne posais qu’une seule question:

Vous avez trompé? Vous avez été trompé(e)? Les circonstances importent peu, choisissez l’une ou l’ autre de ces occurrences, celle qui vous a le plus fait souffrir, racontez brièvement et analysez ce que vous avez ressenti.

 

Il y avait bien parfois quelques hésitations, « moi, on ne m’a jamais trompé »,  » ou alors,  je n’ en ai jamais rien su »,  » moi, j’ ai toujours été fidèle ». Mais si l’on remontait suffisamment loin dans le temps, adolescence tumultueuse ou romantique, jeunesse timide ou conquérante, on retrouvait toujours un moment où l’ émotion avait été forte et avait enfoncé durablement son aiguillon dans les chairs, et la parole venait, et les souvenirs se déroulaient..

Voici ces témoignages tels qu’ ils m’ont été livrés, je n’ en ai pas changé un mot, je vous les offre tels quels, dans toute leur authenticité, ils ne se ressemblent jamais, même si les blessures sont semblables… J’ avais commencé par interviewer les hommes, parce que je connaissais peu ces êtres-là, mais ceux-ci m’ont dit qu’ils ne connaissaient rien des femmes, alors j’ai poursuivi en interviewant les femmes … Je n’ ai jamais pu faire de typologie, de classements, de séries, alors j’ai choisi de les présenter un à un, comme dans la vie les rencontres se font, un peu au hasard.

Les voici… J’ aimerais que, pour vous aussi , ils soient salutaires…