Fabrice, 55 ans.

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C’est à qui ne fera pas le premier pas.

Fabrice, 55 ans

Que vous dire?

J'ai rencontré celle qui allait devenir ma femme très tôt, à 21 ans. Nous avons cohabité. Et nous nous sommes mariés quatre ans plus tard. Au cours de ces quatre années, elle m'a plaqué et est partie pendant trois semaines avec un autre. Les choses ont été mises en balance quelques jours. J'ai souffert comme un damné.

Je me sentais en alerte, en permanence sur les nerfs, en manque. Nervosité. Soif de l'autre. Et des efforts de bête pour la faire revenir. Des bouquets de fleurs, des cadeaux, tout pour marquer ma présence.

Et puis elle est revenue. Donc, elle m'a choisi et ça a été un vaste soulagement. Ca s'est remis sur ses rails. Pas de pardon, pas de mise en scène, pas de grand tralala. En réalité, je ne sais pas s'il y a eu du sexe avec l'autre. Quand lui s'est marié, elle était au mariage, pas moi. Il l'a invitée à danser. "Dire que ça aurait pu être toi". Je ne sais pas ce qu'elle a répondu.

Il est actuellement en cours de divorce. Ce qui est le plus étrange, c'est qu'il a eu trois enfants, que j'ai trois enfants, et que l'une de mes filles est actuellement la petite amie du fils de cet homme.

Il n'y a pas eu de questions, pas d'investigations, c'était plutôt mutique. Par respect de l'indépendance de l'autre. On est assez sauvages et assez libres d'une certaine façon. Aucun sentiment de propriété. C'est une alliance improbable de deux électrons libres avec un sentiment amoureux qui est là.

Alors, plus récemment, dan une espèce de jeu de la vérité un peu idiot, elle m'a avoué qu'elle avait eu trois flirts dans le mariage. Que je prends pour des liaisons alors que ce n'était que du marivaudage. Mais le récit qu'elle m'en fait m'est très douloureux. Par exemple, elle me dit qu'elle a été entreprise par un Canadien qui était fou amoureux d'elle et qui voulait l'emmener au Canada. Mais j'ai un enfant, lui dit-elle... Je prends l'enfant.

Un autre est un type qu'elle a rencontré à une terrasse, en lisant le même journal. Ils parlent, ils se revoient, puis ils cessent de se voir. Le troisième, une rencontre faite dans un avion. Ils se sont revus plusieurs fois, puis plus du tout.

Je l'ai très mal pris, et au fond, j'ai fait une mini-dépression, tant j'étais affecté. Il fallait avaler les trois révélations. Une sorte d'hypertrophie de la douleur, sans aucune mesure avec ce qui pouvait la motiver réellement. Le sentiment d'être abandonné. Une forme de ressentiment, de douleur pure, un côté effaré, quelque chose qui étreint. J'ai même été hospitalisé.  J'ai fui dans le sommeil. Ce fut extrêmement douloureux. Sans doute parce que ça venait de quelqu'un dont ce n'était pas le genre.

Ca a altéré nos relations, parce qu'elle s'est trouvée en face d'une réaction démesurée par rapport aux enjeux réels. Prise de distance de sa part, désamour,  les choses sont devenues brinquebalantes, désaccordées avec une sorte de passif réciproque.

Moi, ayant le sentiment d'être floué, et elle, le sentiment d'être injustement accusée. Mes histoires parallèles à moi n'avaient jamais été placées dans le domaine du sentiment. Elle, il avait pu y avoir de l'amour. Même d'une façon éphémère et ça, c'est pas supportable.

On essaie de recoller actuellement mais avec une distance qui s'est instaurée et de sa part, une dimension de grief, de rancune parce que je lui en ai fait baver. Tout cela est un peu stupide.

Cmme je suis dans une autre relation, j'ai le temps de laisser revenir ma femme. C'est orgueil contre orgueil, c'est à qui ne fera pas le premier pas. C'est du caprice "hard". Je confesse que mon âge mental est un an et demi. Ca se confirme. Nous les hommes , nous sommes dégueulasses.

Ca a du sens pour moi de sauver mon couple. Je suis dans une expectative aménagée. Et dans une époque d'adolescence revécue. Je ne suis pas amoureux des tierces et je suis encore amoureux de ma femme. Et ce n'est pas exclusif du narcissisme néo-adolescent que l'on éprouve dans ces cas- là. Ca ne m'arrange pas d'attendre le retour de ma femme, les tierces sont des pis-allers, des substituts, des ersatz, des artefacts. J'éprouve du désir et de la vanité, car celle qui est avec moi en ce moment est hypersexy.

Je pourrais me battre pour récupérer ma femme, si j'étais mis au pied du mur, si j'étais sommé de déguerpir, si j'étais quitté, même pas pour un autre., si elle demandait le divorce.

Dans ces cas-là, je serais dos au mur et enclin à me battre. Je pense qu'il y a des hommes qui sont très occupés par leur travail, ou par la haute idée qu'ils ont d'eux -mêmes, ils n'ont pas à s'offrir le luxe d'un désaccord conjugal.
Ca a atteint des strates très profondes de moi qui ont à voir avec l'enfance, l'omnipotence de l'enfant-roi.

J'ai été un enfant adulé, élevé par des femmes. Quand je suis né, et jusqu'à quatre ans et demi, j'ai été confié à mes grands-parents. Mes parents travaillaient. Sensation d'abandon. C('est comme s'ils avaient donné  l'enfant à la génération du dessus. Ma grand-mère, mon arrière-grand-mère et les deux jeunes soeurs de mon père. Les femmes étaient en adoration devant moi, plus ma mère, le week-end. Quand mon frère est arrivé, ça a été très violent. Car l'arrivée de mon frère a coïncidé avec mon retour à la maison et mon entrée à l'école. Changement de foyer + arrivée d'un autre + entrée à l'école. Très dur!! Une césure...

Je me suis toujours remis en situation d'être adoré par les femmes, et par la mienne aussi. Donc la moindre entorse, le moindre faux-pas, tout est surévalué, surestimé, suréprouvé. Comme on met un loupe sur un objet.

C'était il y a deux ans. Maintenant, je suis dans un plan où je vois des femmes. J'ai deux relations actuellement, et quand je rentre chez ma femme, je suis très gentil, très attentiste. Je ne me sens ni honteux, ni coupable parce que j'attends la restauration d'un rapport altéré et que je me sens donc autorisé à trouver des compensations dans el commerce avec d'autres femmes.

J'attends que ma femme fasse le premier pas. Je lui ai dit que toutes les portes étaient ouvertes. Je lui ai dit que je l'aimais. Mais je ne lui ai pas dit ce que pourrait être ce premier pas. Elle n'a rien fait. Elle n'émet aucun signal.

Lorsque vous avez 50 ans, vous les femmes, on vous trouve odieuses parce qu'on sent obscurément que la faculté de reproduction va prendre fin. Et donc, pour l'homme encore fécond, la possibilité de projection dans une vie à venir est interdite., même si on n'a pas envie d'enfants. Le désir d'enfants chez les hommes est parfois tardif.

La tromperie est vénielle pour un homme. Et dans le même temps, on peut ressentir très douloureusement la tromperie d'une femme. C'est très masculin.

Les hommes ne se racontent rien. J'ai un ami, presque gémellaire , dont le couple vole en éclat, il ne m'en a rien dit. Je l'ai appris par un tierce personne. De la même façon, les hommes ne parlent pas de leurs enfants. Littérature, politique, économie, small talk parisien, conjoncture, l'air du temps.