Thibault, 35 ans

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Elle a pas pu le garder très longtemps, ce secret.

Thibault, 35 ans

C' était ma première relation.

Je venais d'arriver à Nice. Je venais de quitter le cocon familial. J'avais un studio en résidence universitaire.

Et lors d'une soirée, j'ai rencontré une fille. On s'est tout de suite bien entendus. Le courant est passé très rapidement. Elle a été directe.

Tard dans la soirée, elle m'a demandé si elle pouvait dormir chez moi. Sinon, elle aurait dû rentrer mais c'était compliqué. J'avais 17 ans, on a débuté une relation. C'était ma première relation avec une fille. Quasiment une vie de couple. Elle venait chez moi presque tous les soirs, sinon elle habitait chez ses grand-parents. Ca a duré trois ou quatre mois.

J' en étais tombé profondément amoureux. J'avais l'impression que c'était réciproque. Elle était infirmière.

Et je me souviens...c'était le jour de son anniversaire, en fait. J'étais parti acheter un cadeau. De la lingerie. Je suis rentré et j'ai commencé à travailler.

Elle est arrivée en début de soirée.

Elle n'était pas comme d'habitude. Elle avait les larmes aux yeux. Je lui ai offert le cadeau.

Elle a dit non...Ecoute, cela fait deux mois que je couche régulièrement avec Victor.

Le voisin du dessus.

Et là, j'ai revu toute la scène. Un mois auparavant, j'avais organisé un week-end à Lyon, avec une bande de copains, trois Lyonnais. Et j'avais hébergé le Victor en question chez mes parents avec ma copine. Le samedi soir, après avoir fait l'amour avec moi, elle est partie dans le lit de l'autre.

Après ce week-end, plusieurs fois, pendant que je dormais, elle quittait l'appartement, et elle allait passer une heure, deux heures avec lui et elle revenait. J'ai rien vu. Elle a pas pu le garder très longtemps, ce secret. Je pense qu'elle devait être torturée. Mais elle arrivait à ne rien laisser transparaître.

Le premier sentiment, pas la colère...

J'ai accepté et j'étais prêt à continuer avec elle. Genre, c'est bien, tu me l'as avoué. Tu m'as raconté l'histoire. J'étais prêt à continuer. J'y attachais peu d'importance. J'étais tellement bien avec elle que ça ne me touchait pas.

Et puis ensuite est venue la tristesse aussi. Parce qu'elle voulait arrêter la relation. C'était tordu dans mon esprit. Ca m'avait à peine touché, cette histoire. J'avais commencé à la présenter à ma famille...

Je suis assez fonceur. Quand ça se passe bien, j'hésite pas. Je l'avais présentée à mes soeurs, à mes grands-parents. Pas mes parents.

Mais, en fait, le choc avait été très important. Je l'avais pas senti!

Un mois plus tard, j'allais pas bien du tout...Je la voyais plus mais je comprenais pas ce qu'il se passait. Ma mère a vu que je n'allais vraiment pas bien, que j'étais en mode dépressif. Plus envie de rien faire, plus envie de faire de sport, plus de goût pour sortir, pour voir des amis. je ne mangeais pas beaucoup, ce qui ne m'arrive pas souvent! Je pleurais pour un rien. J'étais dans un sale état. Je repensais à l'histoire, j' avais le ventre pris. Un gros trimestre... plus le goût de grand-chose.

Je suis allé voir une psy et j'ai raconté l'histoire.. Enfin, j 'ai parlé de tout autre chose...Il ne m'est même pas venu à l'idée de parler de cette histoire. J'avais occulté, j'étais dans le déni!

Quand je suis enfin arrivé à l'histoire, elle a voulu crever l'abcès.

Au fond, j'étais traumatisé!

J'avais posé plein de protections autour de moi, mais j'avais tout pris de plein fouet. Parler m'a fait comprendre ce qui s'était réellement passé. Ca m'a ouvert les yeux. En quatre rendez-vous de deux heures, j'ai pu avoir accès à ma colère...

J'étais fou de rage contre les deux, en fait.

Je suis retourné à Nice, je suis allé chercher le Victor. On est partis s'expliquer sur le port. au restaurant. Je voulais tout savoir. Dans le détail. Et il a parlé. Il a tout raconté.

Maintenant, ça me semble ridicule d'avoir été dans un état pareil alors qu'il s'agissait d'une histoire aussi courte!

J'avais fait deux erreurs. Je ne m'étais pas protégé, je l'avais présentée à toute ma famille, elle habitait chez moi. Et j'avais fait confiance à une personne que je connaissais à peine.

En fait, quand on a mal, on peut pas expliquer, on peut pas comprendre la souffrance d'autrui, on n'a pas accès à son degré de souffrance.

Aujourd'hui, je ne garde que les bons moments. J'ai gardé toutes les photos. Je garde tout.

Et puis, elle s'est mise à m'écrire plein de lettres, elle a essayé de revenir. Je ne répondais pas... Deux ou trois lettres par semaine. Elle écrivait sur des copies d'école. Deux ou trois copies doubles à chaque lettre. Elle savait pas comment se faire pardonner.

Ca m'a rendu beaucoup plus réservé dans une relation. Enfin, j'dis ça...

 

L'hiver dernier, je me suis pris d'amour pour une fille et je me suis emballé. Je suis resté deux semaines avec elle à Bordeaux, puis trois semaines en vacances, trois semaines de nouveau à Bordeaux. Tout cela en moins de six mois.

Et puis, il y a une suite...

Un soir, en boîte, avec tous les copains, un Karaoké, à Toulouse. Deux filles super mignonnes au bar. Mes amis décident de rentrer. Moi, je voulais continuer.

Mes amis s'en vont. Ecoutez, les filles, si vous restez, je reste...

Je fais jamais ça!!!

J'ai commandé à boire, en bon gentleman...On commence à danser. avec l'une. Avec l'autre. L'une me plait beaucoup. On chante, on boit. On fait la fermeture. Elles décident de rentrer. Je les raccompagne.

Celle qui me plaisait reste à coté de moi, l'autre marche devant, un peu éméchée. Je me souviens de la scène comme si c'était hier. Dès que la première a passé le coin de la rue, Vanessa me saute au cou et m'embrasse. Je continue à l'embrasser. Du coin de l'oeil, elle vérifie que sa copine ne nous voit pas. Elle s'arrête soudain et nous reprenons notre marche...

On discute. Elle me dit qu'elle fait beaucoup de running. Elle me donne son temps à Toulouse Urban Trail. On échange nos temps. Je raccompagne les filles chez elles. Et elle ferment la porte.

Ohhh! J'ai même pas son téléphone.

Je vais dans un restaurant, je prends un papier et un stylo.

J'ai passé une soirée inoubliable. Tu as marqué mon esprit. Thibault. Mon tel.

Je plie la feuille. Pour Vanessa. Et je glisse la feuille sous la porte cochère. De l'immeuble! Ah!Ah!Ah!.. Et je m'attendais à recevoir un message le lendemain matin! Le lendemain, 18 hoo, toujours pas de message...Je commence à la chercher sur internet.

Toulouse Urban Trail...25 Vanessa... trois possibles... Linkedin... je la retrouve...
et là, je lui envoie un message...et elle répond.

Oui, j'ai trouvé ton mot. Elle l'avait trouvé et n'avait rien envoyé!!!

Quand est-ce qu'on se revoit?
Pourquoi tu n'as pas répondu?

Je suis mariée et j'ai trois enfants...

Ca se heurtait un peu dans ma tête! Tout s'écroulait, mais j'avais envie de comprendre pourquoi. Je suis célibataire. Je suis intéressé. Je vais aller voir ce que ça donne.

Elle voulait me revoir.

Commence une relation de messages en continu. Elle a un rendez-vous professionnel à Paris en Août. Elle me donne la date, 1er Août. Le nom de son hôtel. J'ai prétexté un boulot à Paris auprès de mon boss. J'ai réservé à Paris, un mardi, mercredi.

J'avais tout préparé, j'avais fait un truc de fou. TGV du soir, arrivée 18 hOO. Je savais qu'elle finissait à 18h30. J'avais pris une chambre au cas où ça se passe mal. 19hOO, RDV dans le hall. Je la retrouve. Je l'embrasse. Je lui dis bonjour. Un taxi s'arrête devant la porte de l'hôtel. Je l'avais commandé.

On monte dans la berline...Elle me connaît à peine!!

En vingt minutes, on se retrouve à une soufflerie. On fait une  demi-heure de soufflerie. Sensations fortes. Ensuite deux taxi-motos qui nous font sillonner Paris by night. On était connectés par casques. Déposés au Trocadéro. On est partis dîner dans un restaurant au Trocadéro. Je lui en avais mis plein les yeux en l'espace de quelques heures. C'est ce que je voulais. On s'est baladés sous la tour Eiffel.

On a dormi ensemble dans sa chambre. et dans ma tête, je me faisais peur, j'avais peur de tomber amoureux. Parce qu'à l'origine, c'est vraiment une enquête que je voulais faire. Je voulais comprendre Mais j'aurais pu me laisser prendre à cette histoire. Et je me disais:

C'est pas possible.

C'est pas possible.

C'est pas possible.

Et le lendemain, travail pour tous les deux. Le soir, j'avais réservé un restaurant chic.

Comment tu en es arrivée là?

Je l'ai passée à la question. Son mari et elle étaient devenus des colocs. Elle n'utilisait que des phrases négatives. Ce n'est pas qu'il soit un mauvais mari. Ce n'est pas qu'il soit un mauvais père.Et une seule phrase positive. On est devenus des colocs.

Pourquoi t'as décidé de le tromper? Je lui faisais la morale...

Après ces deux jours, beaucoup messages. Une dernière après-midi en septembre et puis ça s'est arrêté progressivement. Et là, j'ai pas souffert. Je m'étais beaucoup protégé.