Ulus, 35 ans

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Je continue de penser à elle, 14 ans après

Ulus, 35 ans

Ulus, 35 ans

J’étais avec une fille depuis quelques temps. J’ai 20 ans. Une fille de mon âge. Elle avait été invitée par des copines plus âgées, pour la caser… Elles la croyaient célibataire.

On est arrivés ensemble à la soirée.

J’ai bu un verre pour me détendre. Un joint a tourné, J’étais gros fumeur. Un mec m’a passé le joint, j’ai fumé six ou sept lattes. Et j’ai commencé à partir en cacahuète. Le tournis, le flou, je voyais plus rien. Je ne gérais plus mon corps. Une des copines de ce mec m’a avoué que le joint était coupé à l’héroïne.
J’ai passé ma journée dehors sous la pluie, en bad trip.

Julie, arrivée avec du maquillage en début de soirée, venait me voir de temps en temps. J’ai vu, à un moment, qu’elle n’avait plus de maquillage. Elle semblait gênée.
J’ai compris très vite, et j’ai pleuré tout seul sous la pluie pendant trois heures. J’étais en colère, je me sentais minable. Effondré Je n’arrivais pas à m’arrêter de pleurer, et ma colère est montée. J’ai serré les poings pour la contenir mais ma gorge s’est nouée.

Une boule au ventre très vite, ou plutôt dans la poitrine… Au niveau du plexus, sensation horrible d’étouffement. Mal au crâne, impression que ça va exploser.

L’image de la fumée qui sort par les oreilles, ça me parle.Et puis après, accalmie.

J’étais fatigué, dans un monde parallèle. j’ai pu m’endormir dans une voiture jusqu’au moment du départ.

Au moment de rentrer, on a été raccompagnés par le séducteur. C’était vraiment un connard. Je l’ai compris tout de suite. Trois quarts d’heure de voiture et j’ai mordu mon sac pendant tout le trajet, pour ne pas hurler.

De leur part, de l’égoïsme pur. On nie l’existence de l’autre. Il a décidé de me déposer moi en premier. J’ai comme un trou noir derrière.

Je suis rentré chez mon Papa et j’ai pleuré avec lui. C’est l’avantage d’avoir un Papa insomniaque. Je me suis endormi comme un sac à patates. Une souche. Dans le pâté.

Le lendemain matin, mal de crâne, j’ai pleuré. Envie de tout casser. Détester l’humanité.

Elle m’a appelé vers midi pour qu’on se donne rendez-vous. On s’est vus. Elle m’a dit que c’était fini. Elle m’a laissé entendre qu’ils avaient fait des choses une fois que j’étais sorti de la voiture. Pourquoi le préciser?

Je m’en suis remis au bout d’un an. J’ai rencontré d’autres gens, moins égoïstes. Des filles et des garçons qui m’ont redonné confiance dans l’humanité.

Leur empathie m’a sauvé!

Je lui en voulais surtout à lui, car c’était prémédité…

Je n’ai jamais revu Julie…

J’y pense encore. Elle était bizarre sur certains trucs…

Pour moi, une relation sexuelle, c’est pleinement consenti. Elle avait déjà eu des relations non consenties, pendant son sommeil. Elle était soumise. Soumise et dominatrice, à la fois. Bizarre…

Elle a quand même crée en moi une fragilité sur la confiance. Je continue de penser à elle, 14 ans après. Avec incrédulité. Je comprends pas comment elle peut fonctionner, alors que je comprends assez bien comment les gens fonctionnent en général. Je n’arrive pas à comprendre cette perversité.

Tout le monde s’en était rendu compte dans la soirée. J’étais plein d’un mélange de honte quand je voyais leur regard sur moi plein de pitié.J’ai coupé les ponts avec tous ces gens. Sensation d’avoir été piégé. Je suis très content de ne plus être avec elle, mais ça ne balaie pas la honte que j’ai ressentie. C’est bizarre que ce soit moi qui éprouve de la honte, comme si c’était inversé.

La confiance en soi, faut la récupérer après.

Sur le plan affectif, elle n’est toujours pas récupérée.