Angela, 44 ans

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Je me suis fait kidnapper par un homme qui avait dix ans de plus que moi

Angela, 44 ans

Angela, 44 ans

Après 30 ans de vie commune, j’ai décidé de quitter mon mari!

On a passé une vie un peu chaotique ensemble… On s’est mariés à l’âge de quinze ans tous les deux. Ce sont nos parents qui l’avaient décidé.

A quinze ans, je me suis fait kidnapper par un homme qui avait dix ans de plus que moi et qui voulait m’épouser. A cette époque-là, j’étais en Arménie. J’ai été retenue pendant trois jours et j’ai vécu des moments difficiles. Mais il ne m’a pas touchée, il voulait vraiment m’épouser.

J’ai eu vraiment peur. J’étais une enfant, lui un homme. Trois copains à lui avaient aidé pour le rapt, et l’un d’entre eux a bien voulu comprendre que je ne voulais pas épouser cet homme. Il m’a alors proposé de partir avec lui. J’ai vu que c’était la seule issue et j’ai accepté. Tu m’emmènes chez moi, tu demandes ma main et je m’arrangerai…
Il m’a donc ramenée à la maison, et je lui ai alors expliqué que c’était pour m’échapper et que je ne l’épouserais jamais.

Ca n’a jamais été comme ça en Arménie, j’étais une exception. Ils m’avaient déplacée nuit et jour, pendant trois jours et je n’avais ni mangé ni dormi pendant ces trois jours. J’en fais encore des cauchemars. La nuit, je ne me lève même pas pour aller aux toilettes. Quand je marche dans la rue, j’ai peur qu’on m’attrape par le dos. J’ai une phobie, je psychote grave.
Heureusement, il ne m’a pas violée. Je n’ai pas porté plainte. Il venait de perdre son père. Sa mère m’a demandé à genoux de ne pas faire jeter son fils en prison.

En fait, après cet épisode, comme j’avais un petit copain, un amoureux, Daniel, avec qui il ne s’était encore rien passé, les parents des deux côtés ont décidé de nous marier. Pour me mettre à l’abri.
Et à l’âge de quinze ans, je suis devenue une femme de maison. J’ai arrêté l’école et j’ai pris des cours à distance. J’ai passé mon bac et j’ai poursuivi par une école de management à Erevan.
Juste avant de me marier, j’étais une danseuse traditionnelle en danses arménienne et russe et j’aurais pu avoir une carrière.
Apres, maman à dix-sept ans, une fois. Deuxième fois, vingt-et-un ans.

On s’est mariés vraiment à la mairie, on avait alors dix-huit ans, et on est arrivés en France. en 99. On avait vingt-quatre ans. Avec des enfants de sept et trois ans. J’avais mon diplôme de manager, mon mari était chef de choeur, il travaille au conservatoire.

On s’est installés très bien, on a trouvé du travail très rapidement.

Et quelques années plus tard, j’ai découvert qu’il me trompait avec une personne que je connaissais. Et tout s’est écroulé. Après cela, j’ai fait une dépression. C’était une trahison extrême pour moi et l’enfer a commencé.

J’ai arrêté de travailler, je ne m’alimentais plus, je ne dormais plus, j’étais sous anti-dépresseurs. Et comme je voulais sauver mon couple, et lui aussi, on a fait des efforts pour rester ensemble. Les enfants étaient petits. Sauf que je le repoussais sans le vouloir. Je donnais plus rien. J’étais fermée. C’était plus possible. J’avais plus de désir.

Donc, il m’a retrompée. Avec une autre. Et ce cercle infernal a duré dix ans.
Il changeait de femme. Mais il voulait rester avec moi. Il n’arrivait pas à rester fidèle. Il allait  chercher ailleurs. J’étais trop blessée.
En 2007, on a divorcé. Et quelques temps plus tard, il m’a demandé de revenir pour sauver notre belle histoire. J’ai accepté à une seule condition, un seul faux-pas et je  le quitterais pour toujours.
C’est arrivé trois ans plus tard. 2011. On se sépare. Il déménage dans un autre appartement, que nous avions. Alors, j’ai rencontré quelqu’un. C’était mon premier autre homme.
J’ai une vision de la vie un peu bizarre. Pour moi, si je couche avec quelqu’un, je dois vivre une histoire un moment. Sinon, je me sens sale. Il est revenu me chercher et j’ai encore cédé. Et depuis 2011, on est de nouveau ensemble.

Mais depuis dix ans, je sens qu’on est devenus comme frère et soeur. Mes enfants sont partis de la maison et le tête-à-tête avec lui me fait peur. Quand il n’y plus d’enfants, c’est different. Ma situation d’aujourd’hui aurait du arriver plus tard dans ma vie, mais comme j’ai commencé plus tôt que tout le monde, ça m’arrive à quarante-quatre ans.

C’est une relation curieuse. Je ne me vois ni avec lui, ni sans lui. Je suis en réflexion depuis quelques mois. Je gagne bien ma vie, je suis indépendante. J’ai toujours été indépendante. Mais imaginer ma vie sans lui me fait peur. Et là, j’ai pitié car je le vois très malheureux. J’ai envie d’essayer de nouveau un week-end avec lui, avant de prendre une décision définitivement. Car c’est malgré tout une belle histoire qu’on a vécue.
Je mentirais en disant que ça ne me fait pas peur de rester seule. Je ne crois pas au dicton Mieux vaut être seule que mal accompagnée. On est faits pour vivre à deux.

Je n’ai jamais eu de vie toute seule. Je connais pas la vie. C’est un peu bizarre. Il dit qu’il veut tendresse, amour. Je veux la même chose. Mais on se le donne pas. On a déjà vu quelqu’un, mais je crois pas trop.
Notre histoire est tellement complexe. Je sais pas la définition de l’amour. C’est quoi l’amour?
Il y a une chose aussi. Etre heureuse me fait peur. Dans ma tête, je me dis, je suis trop heureuse, il va m’arriver un truc. La naissance de mes enfants, l’arrivée en France, le pays qui m’a fait comprendre ce que je suis en tant que femme…

Je me suis sentie libre en France. A l’arrivée, je ne parlais pas un mot. Mais à Charles de Gaulle, c’était comme si j’arrivais enfin chez moi. J’avais rasé l’histoire de l’Arménie, et ici, c’est une nouvelle vie qui commençait. Même en laissant ma famille là-bas… C’est égoïste, non?

Je suis une battante. Dans le travail, j’ai confiance en moi. J’ai beaucoup évolué dans le monde du travail. Ma grande force, c’est de toujours chercher le positif dans le négatif, et de me contenter de très peu dans ma vie. Malgré une apparence très soignée, j’ai besoin de très peu de choses.
Etre déracinée, ça m’a rendue très ouverte. Je veux aider. J’ai un grand respect pour les personnes âgées, cela vient peut-être du manque de ma famille. Je cherche ma mère partout, car je l’ai perdue très jeune. Et avec tout ça, j’essaie de vivre. pour laisser quelque chose après. La vie ne s’arrête pas après la mort.

J’ai besoin d’être désirée, aimée. A quarante-quatre ans, il y a des gens qui commencent leur vie. Si je reste avec mon mari, j’ai l’impression de finir ma vie. J’ai tout vécu. Je vais tout droit au cimetière.
C’est pas le sexe que je cherche. C’est une histoire que je cherche. Les différentes tromperies m’ont éloignée de lui.

Il fallait qu’il vive sa jeunesse. Il ne voulait pas me blesser. Il est très intelligent. On pourrait penser que c’est un pervers narcissique, mais non. Il est d’une famille très riche.

Moi, je suis d’une famille d’ouvriers. Mes parents m’ont élevée avec beaucoup de principes.

Dans la tromperie, c’est le manque de respect qui m’a le plus dérangée. Il ne se souciait pas que je le découvre. J’étais KGB, j’avais des doutes, le sixième sens