Dominique, 57 ans

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Il ne m’a jamais franchement battue!

Dominique, 57 ans

J’avais 28 ans.

J’étais très amoureuse d’Adriano. Extrêmement sensuel. Un grand séducteur. Toutes les femmes le voulaient. Au fond, j’étais très fière qu’il ait choisi de m’épouser, MOI.

J’étais très naïve. Je croyais au grand amour.

J’ai maintenant la conviction que c’était un être très souffrant, très frustré, un artiste qui n’arrivait pas à trouver son mode d’expression.

Il avait une mère glaciale, très réservée. Lui, il débordait de tous côtés. Il avait peur de la vie, des femmes. Il en consommait beaucoup.

On a dû passer trois ou quatre mois de bonheur. Où ça allait bien.

Quelques mois après, il a commencé à avoir des aventures. Un jour, il y a eu des sous-vêtements dans le lit et je l’ai mal pris. Lui, très innocent. C’était inimaginable pour lui. Il avait toujours pensé que nous serions un couple très libre.

Il buvait énormément. Il partait trois jours sans me dire où il allait. Je savais qu’il dormait avec des copains ou avec des femmes… Il avait été homo quand il était adolescent. Il s’était prostitué. Il avait été complètement accro à l’héroïne pendant plusieurs années.

Il avait une fille que je n’ai jamais vue.
Enfant, il avait été confié à ses grands-parents. Sevré de la drogue, il a commencé l’alcool. J’ai vécu ses trahisons. Je fermais les yeux.

Je n’arrive pas à me voir pendant ces années. J’étais absente à moi-même . J’avais oublié mes envies, mes désirs.

Il appelait ses absences, ses virées tziganes. Il a commencé à boire à la maison. Quand je rentrais de la fac, il était ivre mort, complètement allumé. Il a menacé de me tuer. Il m’a menacée avec un verre cassé.  Il ne m’a jamais franchement battue. Je me serais défendue violemment.

Il avait une violence verbale terrible. Je n’ai mesuré cette violence que des années après, il y a quinze ans. Une de mes amies s’est fait battre par son compagnon. Je l’ai mise en relation avec une avocate et c’est en l’écoutant que j’ai compris ce que j’avais subi!

J’avais honte. Je ne pouvais en parler à personne, surtout pas à mes parents, ni à mon frère et même pas à mes amis.

Je n’ai jamais parlé de cette violence à quiconque. Et je suis tombée malade…J’ai retourné la violence contre moi. Le diabète dont je souffre est une maladie auto-immune. C’est mon corps qui a pris le relais.

Ca ne s’est pas fait en un jour pour que j’arrive à partir de chez moi. Il a fallu un facteur déclenchant.

Il est tombé amoureux d’une autre femme.

Il me l’a dit. Il voulait que je m’en aille.

Je n’arrivais pas à faire ma valise. Je ne savais pas où aller.  Et je me souviens très bien…

Un jour, j’ai commencé à boire. J’ai ouvert une bouteille et je l’ai entièrement descendue. Heureusement, une de mes amies m’a téléphoné. Bouge pas. j’arrive…Elle a fait ma valise. Regarde bien ton appartement! Tu n’y reviendras jamais… Et elle m’a hébergée.

Cette histoire, malgré la psychothérapie, je ne l’avais pas évacuée.

Il y a sept ou huit ans, la femme de mon médecin, qui faisait des pratiques alternatives, fleurs de Bach, etc, m’a conseillé de téléphoner à mon mari et de lui parler.
Il n’en était pas question.

Mais, je suis retournée chez nous. Et j’ai trouvé Adriano, que je n’avais pas revu depuis notre divorce.

Méconnaissable, amaigri, très malade…cirrhose du foie, cancer de l’estomac. Il avait un sac à provisions dans la main. On a parlé.
Si tu veux prends le cabas, je t’accompagne, je lui ai dit.
On a passé une heure ensemble et on a parlé.

Je lui ai pardonné. Je le lui ai dit et  quelque chose s’est libéré. Je pense qu’il me le demandait.

Je me rappelle très bien. On était chez des amis. Il avait bu. Il avait apporté la bouteille et on passe au lit. Je lui ai dit, j’en ai marre. Il a brisé le verre et il l’a mais à deux doigts de ma figure. Tais-toi ou je te défigure. Pourquoi j’ai pas réagi? Je ne savais pas à qui en parler.  Je ne savais pas qui pouvait me protéger. Je vivais quelque chose qui n’appartenait pas à ma vie ni à mon milieu. J’étais totalement dissociée.  Je n’arrivais pas à me raccorder à moi-même. On a voulu obéir à des injonctions.
C’était ma folie à moi de penser que je pouvais avoir une relation normale avec un homme fou.  C’étaient des illusions qui viennent du fait que l’on n’arrive pas à savoir qui on est. On a honte.

Y a pas eu de coups. Il s’est retenu, je ne sais pas pourquoi… Il avait sans doute envie de me tuer. Mais j’avais pas envie de mourir.

J’ai été morte longtemps…D’une certaine façon.
mais je suis vivante…
J’ai beaucoup pleuré…